AccueilActualités > 10.05.2017

Une loi bureaucratique sur l’énergie, pour moins de courant

Le débat RTS Infrarouge relatif à la révision de la loi fédérale sur l’énergie sur laquelle nous voterons le 21 mai prochain méritait mieux que d’être fixé le soir du débat du 2e tour de l’élection présidentielle française!

De fait, deux des principaux opposants romands à cette loi – MM. Philippe Roch, ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement et Benoît Genecand, conseiller national PLR – ont parfaitement résumé les lacunes fondamentales de cette dernière.

Premièrement, il s’agit d’un monstre bureaucratique, comme M. Roch l’a déclaré en référence aux articles 29 et 30 de la loi, dont la lecture est effectivement de nature à rebuter le lecteur le plus motivé, comme tout citoyen pourra le vérifier par lui-même en feuilletant la brochure de votation qu’il a reçue dans sa boîte aux lettres.

Deuxièmement, cette loi générera nettement moins de courant que nous en avons consommé en 2016, au point de faire de notre pays un importateur de courant sur l’année et non plus seulement en hiver, alors que la Suisse a été exportatrice de courant sur l’année entre 1960 et 2016, à de rares exceptions, comme l’a relevé M. Genecand.

La campagne sur la loi sur l’énergie étant caractérisée par une bataille de chiffres, il s’agit de démontrer l’exactitude de nos calculs, fondés sur les statistiques de l’électricité de l’Office fédéral de la statistique (OFS) et, notamment, sur le communiqué de l’OFS relatif à la consommation d’électricité de notre pays en 2016.

Les données sont les suivantes: une consommation finale d’électricité en Suisse de 58,4 milliards de kWh par an (moyenne des années 2007 à 2016, avec une population croissante); un arrêt à terme des centrales nucléaires suisses qui ont produit en moyenne 24,7 milliards de kWh par an entre 2007 et 2016; une production supplémentaire de 11,4 milliards de kWh du fait des nouvelles énergies renouvelables (photovoltaïque et éolien), dont la production dépend de la météo, production mentionnée à l’article 2 de la loi sur l’énergie; et une production supplémentaire de quelque 4 milliards de kWh – à 37,4 milliards de kWh (hors pompage turbinage) selon l’article 2 de la loi sur l’énergie – du fait des centrales hydrauliques.

Sur ces bases et une estimation (OFS) d’une population résidante permanente en Suisse de 9,8 millions d’habitants d’ici moins de vingt ans (croissance démographique qui réduit l’impact total de la réduction voulue de la consommation de courant par habitant), il est assez aisé de calculer que notre pays manquera d’au moins 10 milliards de kWh en 2035. Pour autant bien entendu que tous les volumes de production des énergies renouvelables soient atteints, y compris l’éolien!

En d’autres termes, la révision de la loi fédérale sur l’énergie sur laquelle nous pouvons nous prononcer – parce qu’un référendum a été lancé notamment par des organisations économiques – nous rendrait structurellement et pour longtemps dépendants d’importations de courant!

Quand le compte n’y est pas, il faut renvoyer la copie à son expéditeur!

Patrick Eperon, L'Agefi, 10 mai 2017

Mercredi 10 mai 2017
Catégorie(s): Articles de presse
Auteur/personne de contact: Patrick Eperon