AccueilActualités > 12.09.2017

Trahir les femmes, les jeunes et les retraités; rien que ça!

Comme toujours lorsqu’un thème de votation est controversé, les arguments «choc» fleurissent. Il ne sert pas à grand-chose de s’en offusquer et le mieux est d’y répondre posément. C’est ce que l’on va tenter à propos de Prévoyance 2020, dont les opposants martèlent qu’il représente un coup de poignard dans le dos des jeunes, des femmes et des retraités. Outre que cela ne laisserait pas beaucoup d’échines intactes, il vaut la peine de faire le point.

Commençons par la situation la plus simple, celle des retraités actuels dont on semble s’offusquer de ce qu’ils ne toucheront pas les fameux 70 francs d’augmentation des rentes AVS. A cela, on rétorque qu’ils ne sont pas vraiment concernés par la réforme et ne verront en particulier pas le taux de conversion de leur deuxième pilier diminuer. Les rentes en cours seront inchangées et la différence de traitement se justifie donc par rapport aux futurs retraités.

Certains affirment ensuite que les femmes seraient sacrifiées, elles dont l’âge de la retraite se verrait petit à petit augmenté d’une année. Rappelons d’abord qu’à la création de l’AVS, l’âge de la retraite des femmes était le même que celui des hommes, 65 ans, alors même que l’espérance de vie n’était pas celle d’aujourd’hui. A ceux qui mettent en avant l’inégalité dans les rémunérations, on rappellera que les femmes ne versent que 33% des cotisations AVS alors qu’elles bénéficient de 57% des rentes; l’inégalité des espérances de vie fait que des rentes leur sont versées en moyenne près de quatre ans de plus qu’aux hommes. Cette guerre des sexes semble d’autant plus malvenue que d’autres mesures (l’augmentation de 70 francs des nouvelles rentes AVS ou l’abaissement de la déduction de coordination dans le 2e pilier) profiteront majoritairement aux femmes.

Quant aux jeunes, ils bénéficieront eux aussi de la réforme. Dans le régime actuel du 2e pilier, une partie du produit du capital des cotisants est utilisée pour financer les rentes en cours car les retraités n’ont pas pu épargner suffisamment durant leur vie professionnelle en raison de l’augmentation de l’espérance de vie et parce que le taux de conversion utilisé est trop élevé. Cette redistribution de 1,3 milliard sera réduite des deux tiers, en premier lieu dans l’intérêt des jeunes.

Surtout, que l’on soit jeune ou vieux, femme ou homme, il faut se souvenir qu’il est urgent d’agir. Toutes les réformes sur le sujet ont échoué ces vingt dernières années. L’adaptation aux réalités démographiques, actuarielles et financières n’est pourtant plus contestée par personne. Prévoyance 2020 ne représente certainement pas un projet parfait. Mais elle est le fruit d’un compromis qui constitue une première étape dans la voie du redressement de notre système de sécurité sociale.

Christophe Reymond, 24 heures, 12 septembre 2017

Mardi 12 septembre 2017
Catégorie(s): Articles de presse
Auteur/personne de contact: Christophe Reymond