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ACTUALITÉS Les institutions de prévoyance face au capital-risque: quelques expériences du Centre Patronal La gestion d’institutions sociales est l’une des principales activités du Centre patronal, au service de l’économie vaudoise. Ce ne sont pas moins de 70 collaborateurs qui contribuent quotidiennement à la bonne gestion d’une Caisse de compensation AVS, de caisses d’allocations familiales , de caisses de pensions et d’assurances de perte de gain. En règle générale, la gérance est chargée de la gestion technique, y compris la tenue de la comptabilité et le placement des capitaux. En ce qui concerne le 2ème pilier, les 10 institutions gérées en 2004 concernaient quelque 2'600 affiliés, 15'000 cotisants et 2'200 bénéficiaires de rentes, avec un volume de cotisations de l’ordre de 100 millions de francs. Le fortune globale de ces institutions de prévoyance est de l’ordre de 1,5 milliards de francs. Parmi les principales caisses de pension gérées, on peut citer le FIP (Fonds interprofessionnel de prévoyance) et des fonds de pensions propres aux professions organisées tels que les garages, les EMS, les institutions de l’enseignement spécialisé (AVOP-AVTES), des relieurs (VISIONA), des pharmaciens et des géomètres ainsi que le Fonds de prévoyance du Centre Patronal pour son personnel. Le capital–risque en tant que véhicule de placement pour les investisseurs institutionnels Les investisseurs institutionnels suisses sont soumis à un cadre légal strict qui vise à garantir un placement de la fortune conforme au but de prévoyance. En clair, il y a lieu de faire en sorte que le capital garde sa valeur à long terme tout en obtenant le meilleur rendement possible. En pratique, les principes à observer sont ceux fixés par les articles 49 à 60 OPP 2. Les organes de chaque institution de prévoyance ont la responsabilité de se doter d’un Règlement de placement qui lie le gérant dont le rôle consiste à mettre en œuvre la stratégie de placement qui a été décidée par les organes compétents. La notion de capital-risque peut paraître, de par sa nature, contraire au principe de sécurité qui fonde les directives de placement. Dès lors, il serait tentant d’écarter toute possibilité de placements de ce type dans le Règlement de placement d’une institution de prévoyance. Tel n’est pas notre avis. Il existe en effet deux motifs principaux qui militent pour une prise de risques contrôlée et réfléchie dans ce domaine. Le premier est de nature économique, le niveau des rendements obtenus étant lié aux risques encourus. L’histoire économique montre que les réussites sont liées à l’innovation qui, au moment de son apparition, est souvent considérée comme particulièrement risquée. Le fait d’investir dans une société avant son entrée en bourse ou sa fusion/acquisition avec une autre société peut constituer une excellente affaire pour une caisse de pensions! Quant aux risques de pertes - très réels eux aussi - ils peuvent être minimisés par une répartition judicieuse des investissements et une allocation globale limitée pour ce genre de placements. La seconde réflexion est de nature politique. Le financement du 2ème pilier par la capitalisation met à disposition de l’économie des capitaux qui permettent des investissements et donc son développement à long terme. Faut-il cependant que ces capitaux ne soient investis qu’en titres d’ Etat, de sociétés cotées en bourse avec de grandes capitalisations et à l’étranger, sous prétexte d’une meilleure sécurité des placements? Ce serait une erreur que d’aller dans ce sens, car tous les types de placement présentent des incertitudes (risques de marché, de crédit et de change notamment). D’autre part, des opportunités de placement existent de par la proximité des entreprises et de la connaissance que nous pouvons avoir de leur forces et faiblesses sur un marché donné... Enfin, il convient de rappeler que notre économie est constituée essentiellement de petites et moyennes entreprises, dont beaucoup sont tournées sur le marché intérieur. Elles occupent la majorité des salariés qui sont les assurés des caisses de pension. Ces dernières portent donc une responsabilité dans le choix de leurs placements dont une partie peut légitimement contribuer au renforcement de l’économie du pays. La politique de placement doit cependant rester axée sur l’innovation et le développement des entreprises viables. Que recouvre la notion de capital-risque? La définition de cette notion pourrait conduire à de longs développements. Les Règlements de placement de nos institutions de prévoyance sont rédigés de manière à autoriser les investissements alternatifs jusqu’à concurrence de 5% de la fortune totale du Fonds. Cela couvre aussi bien le capital-risque (private equity) que les hedge-funds. D’aucuns contesteront cette assimilation qui obéit à des considérations de prudence par rapport à des véhicules de placement dont la transparence et la liquidité ne nous paraissent pas encore optimales... En pratique, nous distinguons trois catégories d’investissements risqués en dehors des véhicules de placement usuels que sont devenus les hedge-funds: Nous tenterons de donner quelques exemples et de décrire quelques caractéristiques des trois catégories ci-dessus. Les placements directs Ces placements sont en nombre limité par rapport à la quantité des dossiers qui nous sont soumis et les montants investis sont relativement faibles. Ils nécessitent un travail important de la part de la gérance du fonds qui est pleinement impliquée dans le suivi de la vie de la société dans laquelle les sommes sont investies. C’est la raison pour laquelle il n’existe pas de politique active dans ce domaine. Les investissements réalisés sont le résultat de circonstances diverses et d’une collaboration avec des tiers, par exemple la structure de Capital Proximité dans le canton de Vaud. Les secteurs d’investissement dont divers: construction métallique, société de sécurité, produits médicaux, informatique ou société de gestion de placements collectifs... Les placements indirects Ces opérations sont également peu nombreuses mais les montants investis sont plus importants que ceux qui sont faits directement. La recherche, la sélection et le suivi des placements sont sous-traités ce qui constitue un avantage du point de vue de la gérance et pour la diversification des placements. Des véhicules tels que Défi Gestion ou Renaissance PME sont représentatifs de cette catégorie d’investissements. Etant donné que la plupart des caisses de pension ont tout intérêt à déléguer cette tâche, il nous paraît que ce genre de véhicules de placement collectifs est appelé à se développer avec des compartiments qui permettent de cibler tel ou tel type d’investissements. Une attention particulière doit encore être portée à la taille de ces fonds afin d’en minimiser les frais de gestion. Mais ils doivent rester un véhicule permettant d’irriguer notre propre économie (vaudoise ou romande). Les placements assimilables à des opérations de capital-risque Même lorsque l’on a affaire à des sociétés cotées en bourse, des évènements peuvent conduire à des pertes de valeur importante. Les investisseurs institutionnels peuvent être appelés à soutenir une société qui traverse une passe difficile au nom d’une solidarité bien comprise. Il existe également des possibilités de participer à des augmentations de capital dans des moments cruciaux de la vie d’une société. La participation dans la société Kudelski SA dans la phase initiale de son redéveloppement s’est révélée être un succès. On citera enfin les actions dans des sociétés de participation qui investissent dans diverses affaires de capital-risque, comme ce fut le cas de la société HPI. Conclusion La réussite et l’échec des investissements réalisés dans la catégorie du capital-risque doivent se mesurer à long terme. Les expériences réalisées jusqu’à présent – sur une petite échelle et avec un recul limité de quelques années - ne permettent pas de tirer des conclusions définitives. Le résultat peut certes se traduire par des faillites, mais il arrive aussi que la mise initiale soit récupérée avec un multiple non négligeable! C’est la raison pour laquelle nous restons persuadés qu’une telle allocation reste justifiée, car il est bon de miser sur l’avenir. François Puricelli, Point de mire N° 25, automne 2005
Mardi 18 octobre 2005
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