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10.08.2020 - AGRICULTURE - Philippe Herminjard

Vitiviniculture : Parler d’une seule voix pour se faire entendre

L’histoire de l’économie nous démontre que, pour se faire entendre, les professions ou les branches ont compris les avantages d’une organisation unie. Cela permet de donner confiance aux clients de la filière, de freiner la concurrence déloyale et d’être reconnu comme interlocuteur fiable face à l’administration et au monde politique. Le corporatisme est né de valeurs sérieuses renforçant la position des professionnels organisés sur des marchés très concurrentiels.

L’autorité en général, à tous les échelons (cantonal et fédéral), favorise et apprécie le dialogue avec les associations professionnelles plutôt qu’avec des individus prétendument représentatifs d’un mouvement ou d’un groupe isolé. A défaut d’une position commune sur un thème donné, l’autorité se sent la légitimité de trancher et de décider selon les seuls critères retenus par l’administration. Dans un tel cas, la profession est la première perdante de la situation : il est ensuite quasi impossible de revenir à une situation antérieure pourtant plus favorable.

Jusqu’en 2018, la profession vitivinicole parlait d’une seule voix à son autorité de tutelle, l’Office fédéral de l’agriculture. En septembre 2018, les signes d’une crise vinicole touchant en priorité le vin en vrac, soit le vin destiné avant tout à la grande distribution, sont apparus au grand jour, laissant pantois les vignerons concernés. Durant l’année 2019, un groupe de jeunes vignerons, rassemblés via la messagerie instantanée (WhatsApp), réussit à intéresser les médias sur son sort. Appelés initialement les « vignerons de la colère », le groupe intercantonal romand s’est rapidement mué en « raisins de la colère ». Fort de son succès médiatique pour attirer d’autres collègues, une manifestation était organisée à Berne le 2 décembre 2019 qui n’a pas eu l’effet escompté pour améliorer la situation. En juillet dernier, une vidéo sur les réseaux sociaux demandait la démission du président de la Fédération suisse des vignerons pour raison « d’incapacité à défendre la profession ». Cette déclaration émanait d’un groupuscule de vignerons à priori très fâchés, mais officiellement peu soutenu par les raisins de la colère.

On observe que la majorité des vignerons qui suivent ces mouvements d’humeur sont très mal informés sur les activités de défense professionnelle menées sur le plan cantonal par la Fédération vaudoise ou sur le plan suisse par la Fédération suisse des vignerons. Cette dernière joue un rôle influent face à l’autorité fédérale, mais pour pouvoir mesurer le travail accompli, il faut en être membre cotisant, ce que ne sont pas les membres en colère.

Cette situation polyphonique a pour principal défaut de faire apparaître la profession désunie. Cela réduit encore plus les possibilités de se faire entendre à Berne, que ce soit auprès de l’administration ou des parlementaires qui ne sont pas des spécialistes du marché suisse du vin. Pour améliorer la situation vitivinicole désormais très tendue face à une concurrence d’importation très lourde, la seule chance de succès est de parler d’une voix unie malgré les différences structurelles des exploitations et les cultures régionales.


PH-signature

Philippe Herminjard,
Responsable du thème politique Agriculture

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