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20.01.2021 - AGRICULTURE - Philippe Herminjard

Les agriculteurs, principaux acteurs pour mener leur réforme

En 1996, le peuple ancra dans la Constitution le principe d'une "production agricole répondant à la fois aux exigences du développement durable et à celles du marché". Depuis, la Confédération lance tous les 4 à 5 ans une réforme de sa politique agricole allant dans ce sens. Elles sont souvent âprement négociées par de plus en plus d’acteurs parmi les lobbies agricoles et les organisations environnementales. La Politique agricole 2022 (PA22+) devait entrer en vigueur au 1er janvier 2022. Ce ne sera pas le cas, car pour la première fois elle est contestée par un organe politique, le Conseil des États sur proposition de sa Commission de l’économie et des redevances. Elle est dès lors repoussée le temps d’une législature estime Guy Parmelin, Conseiller fédéral chargé de l’agriculture.

La majorité des sénateurs a considéré que le projet n’était plus adapté à la situation actuelle, car il ne prenait pas en compte la modification de la loi sur le CO2 actuellement en gestation, il baissait le montant des paiements directs alors que les exigences environnementales continuaient à se renforcer et, enfin, il n’apportait pas les perspectives à long terme permettant une vision d’ensemble. Ce gel du projet est soutenu par la plupart des organisations agricoles. L’Union suisse des paysans y souscrit en demandant au Conseil fédéral de se détacher des exploitations agricoles pour lancer une politique alimentaire tournée vers l’avenir en élargissant les débats entre la fourche et la fourchette. Du côté des agriculteurs, on se réjouit de pouvoir freiner le rythme des réformes qui intègrent en majorité des contraintes de nature écologique et bureaucratique. Le calcul est osé dans cette période convenue d’« agribashing » durant laquelle on dénigre l’agriculture en mettant en avant les risques liés à l’utilisation de produits phytosanitaires et d’engrais. La PA22+ intégrait pourtant une douzaine de nouvelles mesures qui allaient dans le sens d’une réduction de l’empreinte écologique de l’agriculture. Ces éléments apportaient des contre-arguments aux initiatives anti pesticides attendues en votation populaire le 13 juin 2021. Victimes collatérales du gel de la réforme, les conjointes d’agriculteurs voient repoussée l’amélioration de leur couverture sociale pour celles travaillant dans l’entreprise agricole.

Il est vraisemblable qu’on est arrivé au point où les critiques politiques et sociétales bousculent la bienveillance que l’on pouvait avoir envers l’agriculture suisse, pourtant parmi les plus écologiques et respectueuses des animaux au monde. Le débat devrait s’élargir au secteur alimentaire avec une vision et une orientation toujours plus transversales et globales. La pandémie vécue depuis bientôt un an renforce cette tendance par la prise de conscience de chacun sur la manière de s’alimenter.

Gageons que ce recul pour mieux sauter au plan agricole n’entraîne pas ce secteur économique dans une impasse imposée par l’acceptation des initiatives contre l’agriculture planifiées et à venir. Pour passer ce cap politique, les agriculteurs ne pourront guère compter que sur eux-mêmes pour relever ce défi.


PH-signature

Philippe Herminjard,
Responsable du thème politique Agriculture

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