22.11.2018 - ECONOMIE EXTÉRIEURE - Jimmy Dupuis

Suisse-UE : partenaire particulier cherche entente particulière

La Suisse et l’Union européenne (UE) négocient actuellement un accord qui devrait permettre une application plus homogène des traités portant sur l’accès au marché. Le gouvernement a clairement indiqué être favorable à un accord garantissant une certaine sécurité juridique et préservant l’indépendance et l’ordre juridique de notre pays.

Cependant, à rebours de la maxime selon laquelle celui qui va doucement va sûrement, des voix s’élèvent pour critiquer l’absence de prise de position claire de la Suisse dans le cadre du processus de négociation et brandissent le spectre d’une UE sur le point de perdre patience. A ceux qui se complaisent à jouer les Cassandre, il faut rappeler que la prise en considération des aspects économiques permet de relativiser les prophéties apocalyptiques tout en portant la focale sur les réels enjeux d’un partenariat chargé d’années.

En 1972, la Suisse et l’UE signèrent un accord de libre-échange (ALE). La zone de libre-échange pour les produits industriels ainsi créée constitue un axe majeur des relations économiques entre la Suisse et l’UE, qui ne cessent d’ailleurs de gagner en importance. En 2017, 53% des exportations suisses étaient destinées à l’UE et 71% des importations helvétiques en provenaient. Cela représente 117 milliards de francs de biens exportés pour 133 milliards de francs de biens importés. Lorsqu’on sait que le volume des échanges est en constante progression depuis ces 20 dernières années, il y a de quoi être optimiste quant à la pérennité d’une entente mutuellement profitable. Si la Suisse a conscience que l’UE est son plus significatif partenaire commercial ainsi que son premier partenaire en matière d’investissements directs, l’UE ne peut de son côté faire fi de l’importance de la Suisse. Un récent rapport sur la mise en œuvre des accords de libre-échange élaboré sous l’égide de la Commission européenne met d’ailleurs en évidence la place centrale de la Suisse qui demeure le troisième partenaire commercial de l’UE après les Etats-Unis et la Chine, deux pays qui se livrent une guerre commerciale sans merci. En outre, en ce qui concerne le domaine des services, la Suisse passe au deuxième rang. Or, la valeur des services échangés a tendance à augmenter rapidement, ce qui laisse -de l’aveu même de la Commission européenne- la porte ouverte à un éventuel accord concernant les services.

Partant, les réflexions au sujet de l’accord institutionnel doivent absolument tenir compte des chiffres. Nul –pas même les représentants de l’UE- ne peut se permettre de scotomiser la partie économique de l’équation. La relation entre la Suisse et l’UE est primordiale pour chacun des partenaires. L’Europe a beau être un gigantesque marché, il n’en demeure pas moins que la Suisse constitue une manne. Aussi, les négociations doivent se poursuivre à leur rythme dans une logique gagnant-gagnant, ce qui suppose que l’UE considère la Confédération en tant que partenaire d’envergure et non pas comme un nain géographique destiné à se soumettre docilement à l’intégration européenne. La Suisse est un partenaire particulier et mérite à ce titre un partenariat compatible avec les lignes rouges définies par le Conseil fédéral.


Jimmy Dupuis
Jimmy Dupuis,
Responsable du thème politique Economie Extérieure

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