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Non au SMIC vaudois

Le 14 juin prochain, les vaudois sont amenés à se prononcer sur l’introduction d’un salaire minimum légal au niveau cantonal. Deux initiatives, l’une constitutionnelle, l’autre législative, proposent d’instaurer le « SMIC Vaudois ». Le Conseil d’Etat et le Grand Conseil proposent un contre-projet, lequel passe à côté des véritables dangers d’un salaire étatique.  

Arguments contre les initiatives instaurant un SMIC Vaudois à 23 CHF de l’heure

La politique salariale des entreprises ne doit pas relever de l’État

La fixation des salaires relève avant tout de la responsabilité des entreprises et des partenaires sociaux, qui sont les mieux placés pour tenir compte des réalités économiques et sectorielles. Une intervention étatique rigide affaiblit la liberté économique et réduit la capacité des employeurs et des employés à négocier des solutions adaptées. Elle introduit également une standardisation qui ne correspond pas à la diversité du tissu économique vaudois.

Il affecte négativement la compétitivité des entreprises

L’introduction d’un salaire minimum cantonal élevé risque de créer des distorsions avec les cantons voisins. Fribourg, par exemple, a récemment refusé une telle mesure, ce qui pourrait permettre à certaines entreprises – en particulier celles actives sur plusieurs sites ou proches de la frontière cantonale – à déplacer une partie de leurs activités, afin de proposer des prestations moins chères. L’instauration d’un salaire minimum vaudois amène une concurrence intercantonale, laquelle fragilise l’attractivité économique du canton de Vaud en pénalisant son tissu économique.

Il ne tient pas compte des réalités économiques propres aux branches

Les conditions économiques varient fortement d’un secteur à l’autre. Certaines branches disposent de marges financières limitées. Un seuil salarial uniforme ignore ces différences et empêche les adaptations nécessaires à la pérennité de certaines activités.

Des conséquences sur l’emploi et les prix à prévoir

Une hausse contrainte des salaires peut inciter les entreprises à réduire leurs effectifs, automatiser certaines tâches ou limiter les nouvelles embauches.

Il fragilise l’emploi des jeunes et des travailleurs peu qualifiés

Les personnes en début de carrière ou sans formation spécifique accèdent souvent au marché du travail par des emplois à plus faible rémunération, qui permettent d’acquérir de l’expérience. Un salaire minimum élevé réduira ces opportunités d’entrée sur le marché du travail et accentuer les difficultés d’insertion professionnelle de ces publics.

Il affaiblit la dynamique du partenariat social

Le modèle suisse, en particulier sur le canton de Vaud, repose sur le dialogue entre partenaires sociaux et sur la négociation de conventions collectives adaptées aux réalités sectorielles. L’introduction d’un salaire minimum étatique rigidifie ce système et réduit l’incitation à trouver des solutions négociées, pragmatiques et équilibrées, pourtant reconnues pour leur efficacité et leur stabilité.

Il ne concerne qu’une minorité limitée des postes (4,9%)

Selon les estimations disponibles, seule une faible part des emplois serait directement concernée par la mesure. Cela questionne la pertinence d’une intervention aussi lourde pour un impact limité.

L’indexation uniquement à la hausse rigidifie le système

Le mécanisme d’adaptation automatique du salaire minimum à la hausse empêche toute prise en compte des cycles économiques défavorables. Cette rigidité limite la capacité d’adaptation des entreprises en période de ralentissement économique et accentue les risques pour l’emploi lors de crises conjoncturelles.

Il dévalorise la formation professionnelle

Le système de formation professionnelle suisse repose sur une progression salariale liée aux compétences et à l’expérience. Un salaire minimum élevé réduit l’écart salarial entre personnes qualifiées et non qualifiées, ce qui peut diminuer l’incitation à entreprendre une formation et affaiblira l’attractivité de l’apprentissage.

Il peut provoquer un nivellement des salaires vers le bas

L’introduction d’un seuil salarial peut inciter certaines entreprises à aligner les rémunérations proches du minimum légal, freinant ainsi les augmentations salariales progressives. Ce phénomène peut réduire la reconnaissance des compétences et de l’expérience, et limiter les perspectives d’évolution salariale pour certains employés.

Valoriser les salaires, oui — mais pas en multipliant les charges sociales

Si l’objectif est d’augmenter le pouvoir d’achat, il faut aussi regarder l’impact de la multiplication des cotisations sociales. Allocation de garde, financement de la 13e rente AVS, stabilisation de l’AVS ou encore projets de congé parental : ces mesures sont régulièrement financées par des prélèvements supplémentaires sur les salaires. Or ces charges réduisent directement le salaire net perçu par les travailleurs et limitent la marge disponible pour des hausses salariales. Les employeurs ont intérêt à fidéliser et valoriser leurs collaborateurs, notamment par le salaire, mais cela nécessite de préserver des conditions-cadres qui permettent réellement d’augmenter la rémunération nette.

Les employeurs vaudois contribuent déjà à soutenir les travailleurs à bas revenus

Le système actuel prévoit déjà des mécanismes solidaires en faveur des personnes qui travaillent mais peinent à couvrir leurs besoins essentiels, notamment à travers les prestations complémentaires pour familles (PC Familles), financées en partie par des cotisations salariales et patronales. Avant d’introduire de nouvelles contraintes salariales, il est légitime de s’interroger sur la cohérence globale du système : si de nouvelles initiatives sociales sont acceptées, ces dispositifs existants seront-ils maintenus, adaptés ou supprimés ? Multiplier les instruments sans vision d’ensemble risque d’alourdir les charges sans améliorer efficacement le soutien aux ménages concernés.

Risque de «substitution contractuelle»

Face à un salaire minimum imposé, les entreprises adapteront leur organisation. Cela peut se traduire par une transformation d’emplois salariés en mandats indépendants, un recours accru à la sous-traitance, voire à la sous-sous-traitance, ou encore par une externalisation hors canton. Ces stratégies contournent la règle, avec le risque de pénaliser davantage la situation des travailleurs.

Mobilité sociale réduite

Le marché du travail repose sur une progression naturelle. Les individus débutent par des emplois simples, acquièrent de l’expérience, puis évoluent vers des postes mieux rémunérés. Avec un salaire minimum élevé, l’accès à ces premiers emplois devient plus difficile. Cela entraîne moins d’opportunités d’entrée et un risque accru d’exclusion durable pour les profils les plus fragiles.

Ce sont les TPE et les PME qui sont les plus exposées

Les grandes entreprises disposent de marges et de ressources pour absorber une évolution salariale. À l’inverse, les très petites entreprises et petites et moyennes entreprises locales, très nombreuses dans le canton de Vaud, sont nettement plus vulnérables et directement exposées.

Un contre-projet qui passe à côté des véritables dangers d’un SMIC Vaudois

Le contre-projet ne corrige pas les défauts fondamentaux du salaire minimum

Une dignité humaine à géométrie variable

Unis dans une même emphase, initiants, Conseil d’Etat et Grand Conseil en appellent tous trois solennellement à la « dignité humaine » pour justifier l’introduction d’un SMIC vaudois. Dans le même élan, mais avec moins d’emphase, ils excluent immédiatement les travailleurs du monde de la terre. Agriculteurs, viticulteurs et horticulteurs apprécieront.

Une multiplication d’exceptions qui rend le système incohérent

Le contre-projet tente de corriger ses effets négatifs du salaire minimum en introduisant une longue liste d’exceptions. Mais loin de résoudre le problème, cette approche le rend plus complexe et incohérent. Stagiaires, jeunes travailleurs, emplois occasionnels ou encore certaines situations familiales sont exclus du dispositif et le Conseil d’Etat disposerait d’une délégation pour ajouter d’autres exceptions.

Cette accumulation crée une insécurité juridique et une inégalité de traitement entre les travailleurs. Elle complique également la tâche des entreprises, qui devront naviguer dans un cadre réglementaire plus lourd et moins lisible. Un système qui prétend instaurer une règle simple, mais qui nécessite autant d’exceptions pour fonctionner, montre en réalité ses limites.

Une exception problématique pour les étudiants

Par ailleurs, le contre-projet prévoit une exception insuffisante pour les salaires des étudiants travaillant durant leurs vacances. Or, nombre d’entre eux exercent une activité lucrative durant toute l’année afin de financer leurs études ou de gagner en autonomie financière. Les conditions restrictives de cette exception pénaliseront les employeurs qui offrent ces opportunités professionnelles, et les étudiants qui peineront davantage à entrer sur le marché du travail .

En rigidifiant les conditions d’engagement, le contre-projet risque de réduire ces emplois d’appoint, pourtant essentiels pour l’insertion professionnelle des jeunes. Il crée ainsi un effet inverse à celui recherché : moins d’opportunités, moins de flexibilité, et davantage de barrières à l’entrée.

Une remise en cause des conventions collectives

Le contre-projet prévoit également que les travailleurs soumis à une convention collective de travail étendue échappent au salaire minimum cantonal. Cette disposition soulève plusieurs problèmes. D’une part, elle introduit différence de traitement entre les travailleurs selon leur statut. D’autre part, elle affaiblit la cohérence du dispositif en créant des régimes parallèles.

Surtout, elle envoie un signal ambigu au partenariat social. Alors que les conventions collectives constituent l’outil privilégié pour fixer les salaires de manière adaptée et négociée, le contre-projet introduit une intervention étatique qui vient se superposer à ces mécanismes.

Une évolution des salaires soumise à l’arbitraire politique

Enfin, le contre-projet ne résout pas la problématique de l’évolution du salaire minimum. Il prévoit que le Conseil d’État se prononcera, après consultation des partenaires sociaux, sur son adaptation. En pratique, cela signifie que le niveau du salaire minimum dépendra des majorités politiques du moment.

Cette incertitude est problématique pour les entreprises, qui ont besoin de visibilité et de stabilité pour planifier leurs investissements et leurs engagements. Elle ouvre la porte à une hausse progressive et déconnectée des réalités économiques, dans un contexte où les charges salariales sont déjà en constante augmentation.

Coûts administratifs et de contrôle

La mise en œuvre du salaire minimum implique des contrôles étendus, confiés notamment à l’administration cantonale. Ces dispositifs ont un coût important, qui devra être financé, in fine, par les contribuables ou les entreprises. On ajoute ainsi une couche administrative supplémentaire à un système déjà complexe.

Conclusion

Le contre-projet cumule les défauts sans corriger les problèmes de fond. Il introduit un salaire minimum étatique, rigidifie le marché du travail, complexifie les règles par une multitude d’exceptions et affaiblit le partenariat social. Pour les employeurs, il représente une source d’incertitude et de contraintes supplémentaires, sans apporter de réponse durable aux enjeux économiques et sociaux.

Dans ce contexte, il est essentiel d’envoyer un signal clair.

Non au SMIC vaudois

  • non à l’initiative constitutionnelle,
  • non à l’initiative législative,
  • non au contre-projet.
  • Question subsidiaire :
    préférence au contre-projet

Refuser ces trois objets, c’est défendre un modèle qui fonctionne, grâce au partenariat social, à la négociation, et à la responsabilité des employeurs.

Médias

Article AGEFI | 27.03.2026 | Olivier Rau
« Un salaire minimum légal ne constitue pas une réponse appropriée aux défis qui se posent sur le marché du travail.»