AccueilActualités > 14.06.2017

Pesticides: une initiative remet les OGM dans la course

Lancée en novembre dernier, l’initiative «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» propose de bannir tout pesticide de nos aliments. Pour le moins, la solution proposée est cependant extrême: l’utilisation de pesticide de synthèse dans la production agricole, la transformation des produits agricoles et l’entretien du territoire serait interdite. De plus, l’importation à des fins commerciales d’aliments contenant des pesticides de synthèse ou pour la production desquels des pesticides de synthèse auraient été utilisés serait aussi interdite. L’initiative tient en deux phrases: simple à saisir, elle fera mouche auprès de signataires enclins à préférer les solutions simples, voire simplistes à des problèmes bien plus compliqués qu’il n’y paraît.

Annoncés comme apolitiques, on ne sait si les auteurs du texte sont de purs idéalistes et s’ils ont évalué les conséquences de l’initiative. Dans tous les cas, l’une de leurs motivations avouées est de «montrer l’exemple au reste du monde, car les produits phytosanitaires appartiennent à une agriculture du passé».

En réalité, cette initiative aurait pour conséquence une baisse significative de la production indigène, qu’on peut estimer de 20 à 30%. Elle s’oppose ainsi frontalement à ceux qui souhaitent maintenir, voire renforcer la souveraineté alimentaire et couvrir 55 à 60% des besoins alimentaires par la production indigène. Par voie de conséquence, les importations d’aliments pour l’homme et les animaux de rente devront augmenter et, ces aliments devant répondre à la même règle d’absence de pesticides, l’approvisionnement se limitera au seul marché biologique, ce qui renchérira encore plus ces importations. Enfin, les contrôles nécessaires auront un coût qui poussera aussi à la hausse le prix de l’alimentation.

On ne peut donc que s’interroger sur les objectifs poursuivis par l’initiative, ce d’autant plus que la Suisse, depuis plus de trente ans, est pionnière à l’échelle mondiale en matière de production intégrée (PI), par quoi on entend les techniques de production qui limitent au strict nécessaire l’utilisation de pesticides. L’initiative a tout de même pour mérite de relancer l’intérêt des plantes génétiquement modifiées, pour autant qu’on écarte bien sûr les plantes qui jouent sur les résistances aux herbicides notamment. Il est dorénavant scientifiquement envisageable que des produits OGM de nouvelle génération, développés par les instituts de recherche respectueux de l’éthique et dûment contrôlés, permettent de produire des aliments et des fourrages peu sensibles aux maladies et aux ravageurs, qui restent productifs et qui permettent de faire l’impasse sur des traitements.

Interdire toute utilisation de pesticides, comme le demande l’initiative, doit assurément être refusé. En revanche, cela relance le débat sur les OGM et devrait permettre d’envisager la levée d’un moratoire qui dure. L’agriculture suisse, qui appelle parfois à l’interdiction des OGM, devrait peut-être reconsidérer sa position à cet égard.

Philippe Herminjard, L'Agefi, 14 juin 2017

Mercredi 14 juin 2017
Catégorie(s): Articles de presse
Auteur/personne de contact: Philippe Herminjard