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- Actualités Vaudoises - Baptiste Müller

Rendre ses lettres de noblesse à l’apprentissage

Baptiste Müller
Rédacteur

Pilier de la réussite économique de la Suisse, voie tant historique qu’actuelle vers des carrières florissantes et l’entrepreneuriat, la formation professionnelle a souffert sous Ponce Pilate et a été crucifiée en terres lémaniques, presque morte et ensevelie. L’Etat de Vaud veut désormais la ressusciter au travers de deux initiatives de communication avec le concours des organisations économiques.

En 2023, dans la première édition de la présente publication, on soulignait déjà que « la formation professionnelle initiale amène vers le succès, permettant une excellente intégration au marché du travail, mais aussi des possibilités multiples de formation supérieure », et que « regardée avec intérêt depuis l’étranger, elle ne cesse cependant de perdre du terrain de manière spectaculaire dans le canton de Vaud. Plus de 50% des élèves entraient directement en apprentissage à la sortie de l’école en 1971. » Au moment où nous écrivions, ils étaient moins de 20%. Ils les avoisinent désormais.

Retour légitime en grâce

En deux ans et demi, les chiffres n’ont que peu bougé. Les mentalités, elles, ont commencé à le faire en 2016 déjà. Il faut saluer le Conseil d’Etat d’alors, qui avait fait de la valorisation de la formation professionnelle une priorité la plaçant au premier rang de son programme de législature. Un objectif poursuivi et même intensifié par le ministre en charge Frédéric Borloz.

Les enjeux sont importants. Le système vaudois actuel est particulièrement inefficient. Les chiffres montrent en effet qu’une importante quantité de jeunes visant le gymnase à la fin de la scolarité obligatoire terminent in fine en formation professionnelle. Les effectifs des gymnases sont particulièrement élevés, ce qui est préoccupant alors que le cursus en 4 ans est annoncé pour bientôt.

L’orientation professionnelle à la fin de la scolarité est un enjeu crucial. La transition entre l’école obligatoire et la suite du parcours n’est pas aisée pour les jeunes qui font face à un choix important, dont la difficulté est renforcée par la fausse impression de s’enfermer dans une carrière pour toute la vie. Le confortable gymnase donne l’illusion de repousser ce choix, tout en étant beaucoup plus simple à rejoindre.

«Le néo-média « Duale » a commencé à publier sur les réseaux sociaux, mettant en lumière la richesse et la diversité des parcours de titulaires de CFC au travers de témoignages authentiques et inspirants. Une initiative rafraichissante et moderne, cofinancée par l’Etat de Vaud et les milieux économiques.»

Deux initiatives de communication

C’est dans ce contexte que deux initiatives de communication viennent de voir le jour. En octobre 2025, le néo-média « Duale » a commencé à publier sur les réseaux sociaux, mettant en lumière la richesse et la diversité des parcours de titulaires de CFC au travers de témoignages authentiques et inspirants. Ces récits sont notamment déclinés sur Instagram et TikTok, visant à toucher les jeunes là où ils sont et dans leur langage. Une initiative rafraichissante et moderne, cofinancée par l’Etat de Vaud et les milieux économiques. Notre organisation y contribue largement, à hauteur de CHF 50’000 pour la première année de lancement.

Dans la continuité de ces efforts de communication innovants, le Département de l’enseignement et de la formation professionnelle lance une campagne ambitieuse visant à valoriser l’apprentissage comme un choix épanouissant et concret pour les jeunes en fin de scolarité obligatoire et leurs parents. Déployée tout au long de l’année 2026 sur les réseaux sociaux, dans les transports publics, au cinéma et dans l’espace urbain, cette campagne met en lumière, sous le slogan « c’est aussi ça, l’apprentissage », des apprenties et apprentis dans des situations professionnelles réelles mais surprenantes, soulignant le plaisir et la satisfaction que procure une formation professionnelle en alternance. Cet angle nouveau s’appuie sur une enquête menée par l’institut de recherche gfs.bern pour le Département, qui révèle notamment que le plaisir constitue le critère le plus important pour les jeunes lors du choix d’une formation postobligatoire.

Elargir la focale

Ces deux campagnes s’inscrivent dans la ligne d’un plan d’action cantonal – qui ne comporte pas que de la communication – destiné à renforcer l’attractivité de la formation professionnelle et à améliorer son image auprès des jeunes. Tout cela est très bien et la Fédération patronale vaudoise contribue et soutient ces efforts, comme plusieurs de ses membres. 

Le Conseil d’Etat ne doit cependant pas s’épargner des réflexions systémiques. Les affiches ne suffiront pas à remettre la formation professionnelle à sa juste place. Le récent rattachement des écoles de commerce aux écoles professionnelles commerciales est un premier signal encourageant. On peut espérer que les réflexions en cours dans le cadre du projet « MAT-EO », suscité par la réforme du gymnase en 4 ans, aboutissent à des modifications susceptibles d’améliorer la place de l’apprentissage. La résurrection achevée, il ne restera plus qu’à lui rendre sa juste gloire.

Baptiste Müller
Rédacteur responsable, , secrétaire général adjoint – FPV



Baptiste Müller,
Responsable politique formation

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