- Actualités Vaudoises - Tatiana Rezso
Rapport social 2026: un miroir très partiel de la réalité vaudoise

Rédactrice
Le Conseil d’Etat vient de publier le Rapport social 2026. Cet exercice vise à dresser un état des lieux des conditions de vie dans le canton et à analyser l’évolution des politiques sociales. Les précédentes éditions avaient été publiées en 2011 et en 2017, au début de chaque législature. On pouvait donc légitimement attendre la suivante autour de 2022.
Le retard interpelle d’autant plus que, dans une réponse à une intervention du député Hadrien Buclin datant de 2022, le Conseil d’État indiquait qu’une publication était prévue pour la fin de l’année 2024. Or le document paraît presque deux ans plus tard, sans véritable explication sur cette attente supplémentaire.
Le plus étonnant est que ce décalage ne s’accompagne pas d’une analyse plus récente. Les données présentées dans le rapport s’arrêtent pour l’essentiel à l’année 2022. Autrement dit, bien que publié à l’orée du printemps 2026, ce rapport décrit une réalité qui date déjà de plusieurs années. Dans un domaine aussi sensible que la politique sociale, où les évolutions économiques et démographiques peuvent rapidement modifier la situation, cette temporalité interroge.
Un angle mort: les coûts du dispositif
Le document analyse le profil de la population vaudoise, la composition des ménages et le niveau de vie dans le canton. Il décrit également les différentes protections sociales et leurs impacts, avec une partie spécifique consacrée à la période du COVID. Cette approche est utile pour comprendre la politique sociale vaudoise, notamment les situations de précarité et les mécanismes de soutien mis en place par les pouvoirs publics.
Mais le ton triomphant de la communication officielle, qui vante une division par trois du taux de pauvreté, ne masque pas une lacune béante: la dimension financière est totalement absente du rapport. Le citoyen qui voudrait savoir à quel prix «les prestations sociales préviennent la précarisation» ne trouve pas de réponse, puisque le rapport ne propose aucune vision du coût des dispositifs pour les finances publiques.Or la politique sociale ne se résume pas à l’analyse des besoins. Elle doit aussi s’inscrire dans une réflexion sur la soutenabilité et sur l’utilisation des ressources publiques.
Une autre question reste dans l’ombre, celle du contrôle et de l’attribution des prestations. Les dispositifs sociaux doivent naturellement soutenir celles et ceux qui en ont réellement besoin. Mais ils doivent aussi garantir que les aides sont correctement ciblées. Les mécanismes de vérification, les risques d’abus ou les effets d’optimisation sont à peine évoqués
Il existe pourtant des soupçons de situations où des travailleurs ajustent leur taux d’activité afin de rester en dessous des seuils donnant droit à certaines prestations, notamment les subsides à l’assurance maladie ou encore les PC familles. Il est difficile de connaître l’ampleur réelle de ces comportements puisque les chiffres manquent. A plusieurs reprises, l’administration a expliqué qu’il était difficile d’effectuer de tels contrôles, alors même que les taux d’activité semblent figurer dans les statistiques publiques.
«Le ton triomphant de la communication officielle, qui vante une division par trois du taux de pauvreté, ne masque pas une lacune béante: la dimension financière est totalement absente du rapport.»
Le prochain rapport sur les PC familles sera-t-il à l’heure?
S’agissant des PC familles, la loi prévoit un rapport d’évaluation tous les cinq ans. Le dernier, qui couvrait la période 2015 à 2019, n’a pourtant été publié qu’en 2022. Entre deux évaluations, peu d’indicateurs publics permettent de comprendre l’évolution du dispositif et les besoins financiers. Pourtant, depuis le 1er janvier de cette année, la cotisation paritaire est passée de 0,12% à 0,18%, soit 0,09% pour les employeurs et 0,09% pour les travailleurs. Sur quels éléments cette hausse repose-t-elle et surtout quand le prochain rapport d’évaluation sera-t-il publié?
Les Vaudois sont en droit d’attendre un exercice plus régulier, plus actuel et plus transparent. Car pour mener un débat serein sur la politique sociale, encore faut-il disposer d’une photographie complète et actuelle de la réalité.

A l’issue du premier débat, le Grand Conseil a accepté la révision de la Loi sur l’enseignement secondaire supérieur (LESS), permettant ainsi aux écoles privées vaudoises de délivrer des certificats cantonaux de maturité gymnasiale. Une évolution réjouissante, permettant de conserver l’attractivité de la filière maturité pour les élèves scolarisés dans le privé qui devaient jusqu’alors réaliser une maturité fédérale, bien plus contraignante. Les notes de l’année n’y comptent pas, seul un examen sur l’entier du programme et souvent imprévisible fait foi. La majorité des autres cantons connaît déjà ce fonctionnement, dont celui de Genève.
Les écoles privées prendront en charge les coûts du système et des contrôles qui seront instaurés. Elles devront respecter les mêmes conditions que les gymnases publics pour être éligibles à cette nouvelle disposition, par exemples en termes de procédure d’examen, qualification des enseignants, suivi du plan d’étude ou de gouvernance, ainsi que d’autres éléments qui seront précisés dans un règlement. Mais avant cela, il faut que le Grand Conseil confirme sa décision à l’occasion du second débat.

Rédacteur responsable, , secrétaire général adjoint – FPV