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Publication complète des comptes 2025 de l’Etat de Vaud : un compte de résultat en argile mais un bilan en granit

Jean-Blaise Roggen
Rédacteur

En finances publiques, la saisonnalité et les rituels périodiques rythment le calendrier. Ainsi, précédant le ballet budgétaire automnal, le début du printemps rime avec la présentation succincte des comptes de l’année écoulée tandis que fin avril-début mai coïncide avec la publication complète des résultats financiers.

Alors quels enseignements glaner de cet exercice très calibré de communication financière ? Hélas rien de bien nouveau sous un soleil pâle puisqu’on y rencontre, comme toujours ou presque, des contribuables aussi stoïques que résilients, des charges en envolée, des liquidités à foison, des fonds propres solidissimes et une dette anecdotique. Heureusement, pour pimenter quelque peu ce tableau si prévisible, on notera une disparition marquante au bilan, celle des «préfinancements», et un emballement au niveau des investissements.

« La solidité et la résilience qu’offrent les contribuables vaudois à leurs autorités est un luxe que d’autres cantons ne peuvent s’offrir.»

Si le basketball met en exergue un «cinq majeur», l’Etat de Vaud appartient lui au «cinq mineur» des finances publiques suisses s’agissant de son compte de résultat. En effet, seuls cinq cantons annoncent un déficit annuel dans leurs comptes 2025, au sein desquels Vaud et les Grisons forment le duo des pénultièmes avec 130 millions de pertes pour le premier (seul romand dans ce «grupetto»). Pourtant, le contribuable vaudois a été, une fois encore, performant avec une hausse des recettes fiscales de 2,1% d’une année sur l’autre. Ainsi, depuis 2022, les recettes fiscales du canton (groupe «impôt» des postes de revenus) a augmenté de 15,28% (soit 3,614% de croissance annuelle composée). Cette augmentation continue des revenus est supérieure à la moyenne suisse alors que nos homologues, eux, équilibrent leurs comptes. Hélas, la non-maîtrise des charges (en hausse de 4,2% par rapport à 2024) nous relègue dans une ligue inférieure. Pourtant, la solidité et la résilience qu’offrent les contribuables vaudois à leurs autorités est un luxe que d’autres cantons ne peuvent s’offrir. Serait-ce également devenu un oreiller de paresse pour éluder une vraie maîtrise des charges? La question mérite d’être posée.

Le bilan 2025, quant à lui, offre une tout autre image: celle de la performance pure. Dans ce domaine, le canton de Vaud appartient vraiment à l’élite et son bilan a des allures granitiques. Qu’on en juge par les chiffres: à l’actif, des liquidités ou quasi-liquidités à hauteur de CHF 3’192’600’631.-. Au passif, des fonds propres à hauteur de CHF 4’394’432’858.- et une dette «symbolique» de 500 millions. Si l’on rapporte ce dernier montant à chacun des 864’000 habitants du canton à fin 2025, on parvient à une dette par tête de CHF 579.- ! Zurich et Berne, deux cantons comparables au nôtre tant en termes de taille que de tissu économique, présentent respectivement un montant d’endettement par habitant de CHF 2’393.- et CHF 5’087.-. Quant à Genève, canton ville qui a récemment baissé ses impôts pour les personnes physiques, il atteint le montant autrement plus vertigineux de CHF 21’043.-. Un grand bravo aux contribuables vaudois d’avoir permis cette performance hors norme. Elle prend d’autant plus de relief que, si le Pays de Vaud était un Etat de l’Union européenne, il serait également leader incontesté du palmarès (loin devant l’Estonie et ses CHF 6’650.- (EUR 7’230) par habitant et si loin de l’Allemagne (EUR 33’000) ou de la France (EUR 49’000). De quoi envisager l’avenir financier avec optimisme et confiance, même si nos grands argentiers sont dans leur rôle en noircissant parfois les perspectives. Autre illustration indirecte de cette confiance dans la résilience de nos finances: le montant record consacré par l’Etat de Vaud aux investissements en 2025, à 826 millions (en hausse de plus de 30% par rapport à 2024). Cet effort est colossal en comparaison intercantonale, puisque Zurich n’a consacré que 1,044 milliard et Berne 505 millions aux investissements. Par habitant, Vaud alloue ainsi CHF 956.- par année quand ses concurrents y consacrent respectivement CHF 638.- et CHF 470.-. Ce poste, l’un des premiers sacrifiés en cas de difficultés budgétaires effectives, démontre presque à lui seul la solidité intrinsèque des finances de notre canton.

À noter encore un important changement au bilan 2025 avec la disparition du poste «Préfinancements». En effet, les CHF 1’191’961’479.67 qui figuraient encore sous cette rubrique du passif en 2024 ont été apparemment transférés dans leur intégralité au poste «Autres capitaux propres». On serait tenté de dire que ces montants n’auraient jamais dû figurer ailleurs que sous ce libellé ou alors éventuellement sous celui intitulé «Résultats cumulés des années précédentes». Ainsi prend manifestement fin cette pratique étrange et controversée qui consistait à prélever sur les exercices bénéficiaires une partie du profit de l’Etat pour constituer cette forme bâtarde de provisions pour charges futures. Prohibée par les normes comptables internationales de références en matière de finances publiques (normes IPSAS), cette anomalie (façon «noisettes informelles accumulées pour l’hiver») ne sera pas pleurée par grand monde. 


Au final, il faut insister sur le fait que ce bilan 2025 de l’Etat de Vaud à la solidité spectaculaire est l’œuvre et la propriété des contribuables vaudois. Une baisse d’impôt de 12% à leur égard – sur laquelle nous voterons le 27 septembre prochain – n’est donc guère plus qu’une modeste récompense à l’aune des efforts fournis.




Jean-Blaise Roggen,
Responsable politique Finances et fiscalité

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